
Dans un entretien passionnant, Élise Marrou, agrégée et docteure en philosophie, maîtresse de conférences à Sorbonne Université, nous propose des clés pour comprendre la pensée de Ludwig Wittgenstein, figure singulière de la philosophie du XXème siècle dans deux ouvrages parus aux P.U.F. et aux Belles Lettres. Sous le prisme de thèmes travaillés par le philosophe, mais parfois laissés de côté par l’exégèse qui nous est parvenue, le Que Sais-Je ? d’Élise Marrou, paru en octobre dernier, est d’une limpidité toute pédagogique…

Valentin Husson : « Mieux vaut changer ses désirs pour changer l’ordre du monde. »
Apportant sa pierre à un édifice d’études sur la sensibilité, Valentin Husson publie avec Foules ressentimentales, petite philosophie des trolls, un manuel de survie en milieu réseau-sociétal chez Philosophie Magazine Éditeur. Ouvrage profond par sa capacité à restituer de la gravité au processus superficiel du bavardage qu’un espace hypermnésique a rendu tour à tour influent, décuplé, sadique ou tyrannique, il est tout aussi nécessaire pour sa lucidité sur les terrains psychanalytique et politique.

Fabien Aviet : « C’est à travers la blessure que l’histoire et le récit s’inventent. » (à propos de David Lynch)
Un an après la disparition de David Lynch, son œuvre continue de hanter l’imaginaire cinéphile par sa capacité unique à mêler violence, rêve et humanité. D’Eraserhead àTwin Peaks: The Return, le cinéaste n’a cessé d’explorer la fragilité, la douleur et le désir de ses personnages féminins, offrant un regard empathique sur les blessures infligées par la société de consommation.

Camille Laurent : Critique de la raison inquiète
L’inquiétude (en allemand Unruhe ou Unruhigkeit) est un terme introduit principalement par Leibniz et Coste pour traduire le terme anglais « uneasiness » par lequel Locke caractérise un état général de malaise. Nous distinguons l’inquiétude d’autres notions. Elle n’est ni la peur (sentiment d’appréhension relativement à un objet déterminé), ni l’anxiété (sentiment ayant des effets à la fois psychiques et physiques qui peut devenir la toile de fond d’une existence sans qu’on puisse nécessairement identifier un objet qui en rende raison) ni l’angoisse (ce malaise psychique et physique venant du sentiment de l’imminence d’un danger qui peut aussi traduire une angoisse métaphysique comme la conscience de sa mortalité).

Rodolphe Olcèse : « Les attaches sensibles et les déterminismes ne sont pas une entrave à notre liberté mais ce qui la conditionne et la rend possible. »
Rodolphe Olcèse est maître de conférences en esthétique et théorie du cinéma à l’université Jean Monnet de Saint-Étienne. Il publie aux éditions Hermann La vie terrestre. Essai sur Élisée Reclus, un livre passionnant à bien des égards. Le premier d’entre eux concerne sa qualité d’écriture, un style que beaucoup de ceux qui se prétendent philosophe devrait prendre en exemple, une écriture dans laquelle on retrouve le lyrisme de Reclus et tout l’imaginaire qui en découle, un style dans lequel la littérature contemplative n’est jamais loin…

John Raby : Tra-la-la : une introduction à l’esthétique musicale de Deleuze & Guattari (partie 3)
Si la « rencontre » de Gilles Deleuze avec des surfeurs à l’occasion de son ouvrage sur Leibniz (Le Pli) reste bien connue grâce à son Abécédaire, il y en existe une autre, moins célèbre mais aussi intrigante. Celle d’Achim Szepanski, président d’un label allemand de musique électronique baptisé… Mille Plateaux. Au début des années quatre-vingt-dix, Szepanski expédia au philosophe quelques compositions de techno minimale publiées sur son label. Il lui avait même proposé de rédiger un texte sur le sujet.

John Raby : Tra-la-la : une introduction à l’esthétique musicale de Deleuze & Guattari (partie 2)
Dans son ouvrage La Musique et l’Ineffable, Vladimir Jankélévitch pointe le dilemme essentiel auquel se retrouverait confronté un philosophe lorsqu’il réfléchit sur la musique : « (…) il n’y a rien à penser ou, ce qui revient au même, il y a à penser en quelque sorte, à l’infini (…). » Quel est ce « rien », ou ce « je-ne-sais-quoi » qui stupéfie tant la pensée que les philosophes ont si souvent évité la musique en tant que sujet ?
Il s’avère que Deleuze et Guattari se sont attelés à ce problème avec une opiniâtreté peu commune dans leur encyclopédie métaphysique Mille Plateaux, publié en 1980…

John Raby : Tra-la-la : une introduction à l’esthétique musicale de Deleuze & Guattari (partie 1)
Dans son ouvrage La Musique et l’Ineffable, Vladimir Jankélévitch pointe le dilemme essentiel auquel se retrouverait confronté un philosophe lorsqu’il réfléchit sur la musique : « (…) il n’y a rien à penser ou, ce qui revient au même, il y a à penser en quelque sorte, à l’infini (…). » Quel est ce « rien », ou ce « je-ne-sais-quoi » qui stupéfie tant la pensée que les philosophes ont si souvent évité la musique en tant que sujet ?
Il s’avère que Deleuze et Guattari se sont attelés à ce problème avec une opiniâtreté peu commune dans leur encyclopédie métaphysique Mille Plateaux, publié en 1980…

Etienne Besse : Incipit Céline
La première phrase du Voyage au bout de la nuit et Mort à Crédit de Céline condense un commencement qui embrasse sa fin. Elle n’est cependant pas qu’une annonce de l’accent général du roman ou du résumé de son déroulement ; cette première phrase exprime l’achèvement même du commencement : elle dépose la Mort dans le commencement.
Avec le titre du Voyage, nous avons un but qui n’est pas la nuit même, mais sa fin, son « bout » comme achèvement qui annule la nuit : cette indication est donc son auto-suppression.

Entretien avec Valfret : « Expérimenter la limite de sa propre énergie. »
Appelez ses ouvrages comme vous le voulez : BD, roman graphique… peu importe, Valfret de son véritable nom Cyprien Mathieu, est auteur. Il publie en l’espace de deux ans seulement, deux livres magnifiques : Un An Et Demi et La Montagne aux éditions Fremok, dans lesquels il évoque la jeunesse, le rapport à la nature, le capitalisme, la mort et l’amour. Valfret aurait pu être publiciste, métier qu’il déteste certainement à juste titre, tant il cultive un sens aigu du slogan, de la punchline. S’il n’est pas devenu un représentant cynique des MadMen…

Entretien avec Mark Alizart : « Si je devais traduire L’Odyssée, je commencerais par l’appeler par son vrai nom : Le Grand Détraquement. »
Résumer ici la carrière de Mark Alizart ne permettrait pas de saisir l’homme tant il semble être insaisissable. Passé par les grandes institutions culturelles françaises, de l’art contemporain à la mode ou au cinéma, Mark Alizart est avant tout un penseur. Auteur d’essais remarqués publiés aux P.U.F. dans la collection Perspectives Critiques, il révèle enfin à ses lecteurs un ouvrage qui dormait depuis trente ans.

Entretien avec Pascale Fautrier : «Sartre est pour Badiou, un philosophe de l’émancipation.»
Pascale Fautrier est docteure agrégée de Lettres Modernes, autrice de nombreux ouvrages aussi différents que des biographies de Chopin ou Napoléon ou d’un roman salué par la critique, Les Rouges paru au Seuil. Spécialiste de Nathalie Sarraute, elle rencontre tôt dans sa vie l’œuvre de Jean-Paul Sartre après un parcours scolaire quelque peu chaotique. Déscolarisée puis passée par une équivalence au bac, elle entre à l’université pour y découvrir, notamment, la pensée sartrienne, suivre les cours de Benny Levy et de Jacques Derrida, empruntant un parcours on-ne-peut- plus singulier. Biberonnée au militantisme communiste de ses parents, elle poursuit l’exploration des thématiques révolutionnaires et en 2015, entre en relation avec Alain Badiou.

Entretien avec Jonathan Daudey : « Être inactuel pour Nietzsche est un principe fondateur. »
Jonathan Daudey est professeur de philosophie au lycée, chargé de cours à l’université de Strasbourg et membre associé au laboratoire de recherche interdisciplinaire MEMH (Middle-East Medical Humanities/Université Saint-Joseph de Beyrouth). Travaillant à une thèse en philosophie politique sous le regard avisé de Nicolas Poirier et auteur, déjà, de deux monographies parues chez L’Harmattan consacrées au terrible dynamiteur moustachu: Nietzsche et la question des temporalités. Lecture en trois temps et La pharmacie de Nietzsche. De la philosophie comme médecine, il publiait en janvier dernier, dans la collection 5 clés pour comprendre chez Ellipses, un Nietzsche tout à fait passionnant.